Le 23 août, Bruno Le Maire a publié L'An I — Une autre France, un manifeste de 58 pages. Il n'est pas candidat. Le texte est en libre accès.

Trois jours plus tard, il en a parlé dans le Face à Face d'Apolline de Malherbe, diffusé sur RMC et BFMTV. Ce qu'il répète à l'écrit n'est pas ce qu'il répète à l'antenne.

Un texte d'autorité, de prospérité et de souveraineté

Le manifeste s'ouvre sur cet avertissement :

« Ce texte est le texte d'un homme libre. Il expose sans filtre mes convictions les plus profondes, nourries par vingt-cinq années de vie politique et deux ans de retrait de toute activité publique. »

Les mesures les plus précises :

  • Finances publiques — retour sous 3 % de déficit en cinq ans, désendettement en dix ans, désindexation des pensions, des prestations sociales et du barème de l'impôt sur le revenu, droit de veto du ministre des Finances sur toute dépense.
  • Retraites — âge de référence à 65 ans, une part de capitalisation, la réforme renvoyée au vote des Français en 2027.
  • Institutions — dix ministres, suppression du 49.3 hors budget, censure remplacée par une défiance constructive.
  • Territoires — trois échelons seulement, « l'État, la région et le bloc communal ».
  • Europe — une Fédération à six (Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Pays-Bas), restant membre de l'Union à 27.
  • Énergie — six nouveaux EPR, en plus des tranches déjà décidées.

Sur la protection sociale : « l'État prendra soin des personnes atteintes du cancer ou de la maladie d'Alzheimer, il ne remboursera plus le Doliprane. » Sur l'immigration, un seul critère : « son utilité pour la France. »

Ce que le texte répète

« Nation » est le mot le plus fréquent du manifeste (63 fois), devant « puissance » (32) et « peuple » (30). « Fédération » revient onze fois, « nucléaire » dix. « Immigration », cinq fois seulement.

nation63
puissance32
peuple30
modèle26
siècle24
sécurité21
travail19
finances18

Occurrences dans les 58 pages.

À l'antenne, un autre registre

Le 26 août, le Face à Face dure une vingtaine de minutes. Bruno Le Maire y résume sa démarche ainsi :

« Il faut faire comme en 1958. Il faut recréer un nouveau modèle dans un nouveau monde. »

Le vocabulaire suit. « Modèle » (15 fois) et « vision » (13) passent devant « nation ». « Dette » est prononcée onze fois, contre huit dans tout le manifeste — un texte six fois plus long. Pour comparer les deux corpus, les comptes sont ramenés à 1 000 mots :

ManifesteFace à Face

nation
8,8 · 1,8
puissance
4,5 · 0
modèle
3,6 · 13,8
vision
1,3 · 11,9
dette
1,1 · 10,1
fédération
1,5 · 0
succession
0 · 4,6
immigration
0,7 · 0

Pour 1 000 mots. RMC et BFMTV ont diffusé le même Face à Face.

« Puissance », « fédération », « sécurité » et « immigration » pèsent dans le PDF et disparaissent de l'entretien. À l'inverse, plusieurs mots de l'antenne sont absents des 58 pages.

Ce qu'il ajoute le 26 août

Les droits de succession. Le mot n'apparaît nulle part dans le manifeste. À l'antenne, c'est l'une des réponses les plus développées : les droits français sont « parmi les plus élevés en part de la fiscalité de tous les pays européens », et il veut faciliter les transmissions de son vivant, « libre de droit, libre de taxes, libre de frais ».

Moins de parlementaires. Le texte limite le pouvoir d'amendement budgétaire des députés. Il ne dit pas qu'il faut en réduire le nombre. Le 26 août, la réduction est citée dans la même énumération que la fusion des départements et des régions.

Une « règle d'or ». Le manifeste parle d'équilibre des comptes « garanti par la Constitution ». L'interview lui donne son nom : une règle d'or « pour qu'elle s'impose à tous les partis politiques ».

La taxation des géants du numérique. Elle figure dans le texte, au passé, dans son bilan de ministre. Elle devient à l'antenne l'un des trois leviers pour financer le modèle social sans peser sur le travail — avec la consommation et les importations.

Deux fiscalités à la fois

Le manifeste porte deux mesures de sens opposé, toutes deux « par esprit de justice » : supprimer les impôts de production, et exiger chaque année des plus grands patrimoines « une contribution exceptionnelle ». Interrogé, il maintient les deux. La contribution des « plus grosses fortunes » doit financer des urgences à l'hôpital ou la rénovation d'écoles, pas une politique de taxation des hauts revenus : « on a 160 milliards de déficit à trouver ».

Bruno Le Maire n'a plus été testé dans un sondage d'intentions de vote depuis avril 2024. Entre 2023 et 2024, dans des hypothèses où il était le candidat du camp présidentiel, il recueillait entre 14 et 18 %.